À 22 ans, Mélodie jeune Salloise cherche simplement à trouver sa place dans le monde du travail. Titulaire d’un CAP d’équipière polyvalente de commerce, cette jeune femme porteuse d’une trisomie 21 en mosaïque souhaite aujourd’hui intégrer une entreprise bienveillante, prête à lui donner sa chance. Sa maman, Carine, témoigne de son parcours, de ses espoirs, mais aussi des difficultés rencontrées lors d’une récente expérience professionnelle.
Une jeune femme volontaire, douce et déterminée
Lorsque Carine présente sa fille, les premiers mots qui lui viennent sont simples : Mélodie est une jeune adulte de 22 ans, actuellement à la recherche d’un emploi depuis août 2025.
Porteuse d’une trisomie 21 en mosaïque, Mélodie a suivi un parcours scolaire et professionnel remarquable. Accompagnée par les équipes pédagogiques, les enseignants, les AVS, le CFA de La Teste-de-Buch et le centre COBAS, elle a pu avancer, apprendre et obtenir un CAP lui permettant de travailler dans un magasin en tant qu’équipière polyvalente de commerce.
Pour Carine, ce diplôme représente bien plus qu’une réussite scolaire : c’est la preuve que Mélodie est capable d’évoluer, d’apprendre et de s’inscrire dans un véritable projet professionnel.
De son côté, Mélodie ne cache pas sa fierté :
“Oui, je suis fière d’avoir eu mon CAP. J’ai eu un peu des doutes, mais je savais que même avec mon petit handicap, j’allais réussir à l’avoir.”
“Elle veut travailler, se rendre utile”
Au quotidien, Carine décrit sa fille comme une personne profondément gentille, bienveillante, fiable et volontaire.
Mélodie a surtout une envie très claire : travailler.
“Elle me dit souvent : maman, j’ai envie de me rendre utile. J’ai envie d’être utile au quotidien”, confie Carine.
Pour cette maman, le travail représente bien plus qu’un emploi. C’est un rythme, une place dans la société, une motivation pour se lever le matin, un objectif à poursuivre.
“L’important, c’est de se lever avec un but. Quand vous n’avez pas de but, les journées sont très longues.”
Comprendre la trisomie 21 en mosaïque
Carine tient aussi à expliquer ce qu’est la trisomie 21 en mosaïque, souvent moins connue du grand public.
Contrairement à la trisomie 21 dite “libre”, qui concerne la majorité des personnes porteuses de trisomie 21, la forme mosaïque est partielle. Certaines cellules sont porteuses de la trisomie, tandis que d’autres ne le sont pas.
Cette particularité peut permettre, selon les personnes, un parcours plus proche d’un cursus ordinaire, à condition d’être accompagné, soutenu et encouragé.
Carine insiste cependant sur un point : chaque personne est différente. L’accompagnement, la famille, l’école, les professionnels et l’environnement jouent un rôle essentiel dans la construction du parcours.
Une expérience professionnelle qui laisse des regrets
Récemment, Mélodie a participé à un processus de recrutement avec une enseigne nationale de grande distribution, dans le cadre de l’ouverture d’un nouveau magasin.
Selon Carine, Mélodie a d’abord participé à une rencontre collective, puis à un premier entretien qu’elle a réussi. Elle a ensuite effectué une semaine d’immersion dans un magasin de l’enseigne, avant d’être retenue pour trois semaines de formation.
Une expérience qui avait beaucoup d’importance pour Mélodie.
“Quand vous commencez à avoir le tee-shirt, le badge, vous êtes déjà comme dans l’équipe. On se projette forcément”, explique Carine.
Mais à l’issue de cette période, la décision est tombée : Mélodie ne serait pas retenue. La raison évoquée, selon la famille, serait un manque de productivité.
Carine dit accepter la décision, tout en regrettant la manière dont les choses se sont déroulées.
“Je comprends qu’une entreprise doive être productive et rentable. Je comprends aussi que Mélodie ne puisse pas avoir le même rythme qu’une personne valide. Mais il existe aujourd’hui des dispositifs, des accompagnements, des aides, qui permettent justement de compenser certaines difficultés.”
Pour Carine, le regret principal est là : elle estime qu’une discussion plus approfondie aurait pu avoir lieu, notamment avec l’association Trisomie 21 Gironde, impliquée dans l’accompagnement de Mélodie.
“Je ne cherche pas à montrer du doigt. Je veux surtout sensibiliser. Quand on accompagne une personne en situation de handicap dans ce type de parcours, il faut aussi mesurer l’impact humain que cela peut avoir.”
“J’avais compris le travail, j’étais juste moins rapide”
Interrogée sur son ressenti, Mélodie explique simplement ce qu’elle pense avoir vécu.
“Je pense que c’est à cause de mon handicap, parce que je ne suis pas très rapide. Je suis un peu lente par rapport aux autres.”
Pour autant, elle affirme avoir compris les tâches demandées.
“J’avais très bien compris. C’est juste que j’étais un peu moins rapide que les autres.”
Malgré cette déception, Mélodie ne veut pas baisser les bras. À la question de savoir si cette expérience l’a découragée à postuler ailleurs, sa réponse est immédiate :
“Pas du tout.”
Pendant son immersion et sa formation, Mélodie dit s’être sentie bien entourée.
“Je me suis sentie bien avec l’équipe de formation. Je me suis très bien entendue avec tout le monde. Ils étaient gentils, à l’écoute, et voulaient m’aider.”
Un appel aux entreprises bienveillantes
À travers le portrait de sa fille, Carine souhaite adresser un message aux entreprises.
Selon elle, les personnes en situation de handicap ont pleinement leur place dans le monde professionnel. Elles peuvent apporter de la cohésion, de l’entraide, une dynamique collective différente, mais précieuse.
“Une entreprise, c’est aussi une communion de personnes. Il y a de belles choses à construire ensemble.”
Pour Mélodie, l’objectif serait de trouver un poste adapté, à temps partiel, dans une entreprise prête à lui faire confiance.
“Elle fera peut-être 16 heures, mais elle sera là. Elle ne sera pas absente. Elle est fiable, volontaire, et elle a envie de s’intégrer comme tout le monde.”
Carine rappelle aussi que de nombreuses autres personnes vivent des situations similaires, qu’il s’agisse de handicaps mentaux, physiques ou invisibles. Pour elle, l’inclusion ne doit pas rester un mot : elle doit se traduire concrètement sur le terrain.
“Je suis capable”
À la fin de l’échange, Mélodie tient à faire passer un message simple, mais fort.
“Je suis motivée à travailler. Même s’il faut se lever tôt le matin, moi, ça me va. Je suis capable.”
Et lorsqu’on lui demande si le handicap doit faire peur, elle répond avec spontanéité :
“Non, pas forcément. Je ne suis pas méchante.”
Des mots simples, directs, touchants. Ceux d’une jeune femme qui ne demande pas un traitement de faveur, mais simplement une chance, un cadre adapté, et un regard différent.
Aujourd’hui, Mélodie continue de chercher une entreprise prête à croire en elle. Une entreprise capable de voir au-delà du handicap, pour reconnaître une personne motivée, fiable, bienveillante et désireuse de travailler.
Interview par Damien Geffray
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